Le WTTC prévient : les retards causés par le nouvel EES européen pourraient faire fuir 41 millions de visiteurs
by Sarah Milner
Photo: Framalicious / Shutterstock.com
Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), les retards prolongés causés par le nouveau système européen d’entrée/sortie (Entry/Exit System – EES) pourraient coûter à l’espace Schengen jusqu’au tiers de ses visiteurs internationaux, soit l’équivalent de 41 millions d’arrivées et de 45,4 milliards de dollars en dépenses touristiques.
L’Union européenne a déployé l’EES aux points de passage frontaliers de l’espace Schengen à compter d’octobre 2025, et les 29 pays participants utilisent désormais le système depuis avril 2026. En vertu de ce dispositif, les agents aux frontières enregistrent les empreintes digitales et une image faciale des voyageurs non européens lors de leur première entrée. Ces données sont ensuite conservées pendant trois ans.
Déjà, le nouveau système entraîne des retards dans certains aéroports. Comme l’a rapporté The Guardian, les délais de plusieurs heures causés par ce nouveau processus pourraient ne pas se résorber avant deux ans.
Le WTTC a commandé une étude sur le sujet auprès de plus de 2 500 voyageurs du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada et de l’Australie. Les résultats sont préoccupants : un tiers des répondants ont indiqué qu’ils seraient beaucoup moins enclins à voyager dans l’espace Schengen — ou choisiraient de ne pas s’y rendre du tout — si les délais aux frontières atteignaient trois à quatre heures. Plus précisément, environ un tiers (33 %) des voyageurs américains ont affirmé qu’ils seraient moins susceptibles de visiter les destinations touchées.
Selon les prévisions de tourisme entrant pour 2026, cela représenterait environ 41 millions d’arrivées et 45,4 milliards de dollars en dépenses.
Gloria Guevara, présidente-directrice générale du WTTC, a déclaré : “‘ L’introduction de l’EES constitue une étape importante dans la modernisation des frontières européennes et le renforcement de la sécurité. Notre recherche montre clairement que les voyageurs appuient les systèmes frontaliers numériques et biométriques et comprennent les bénéfices à long terme qu’ils peuvent offrir.
Comme pour toute transformation majeure, il y aura inévitablement une période d’ajustement. L’enjeu n’est plus de savoir si l’EES doit aller de l’avant, mais plutôt comment les gouvernements, les autorités frontalières et l’industrie du voyage et du tourisme peuvent collaborer pour assurer un déploiement le plus fluide possible.
La bonne nouvelle, c’est que des solutions existent déjà. En ayant davantage recours aux outils de préenregistrement numérique, en améliorant les communications aux voyageurs et en assurant une préparation opérationnelle adéquate aux points de passage frontaliers, l’Europe peut réduire les frictions et offrir l’expérience fluide que les voyageurs attendent.”
Un fort appui à l’EES… mais peu de connaissance du système
Malgré les préoccupations liées aux retards aux frontières, l’étude du WTTC révèle un fort soutien envers les contrôles biométriques. Après avoir pris connaissance du fonctionnement du système, 65 % des voyageurs ont affirmé y être favorables, alors que seulement 6 % se sont dits très négatifs à l’idée que leurs données biométriques soient collectées.
Parmi les principaux avantages perçus figurent un renforcement de la sécurité aux frontières (57 %), un traitement plus rapide lors des voyages futurs (52 %) et une plus grande confiance envers les contrôles frontaliers (43 %).
Fait intéressant, une grande majorité des voyageurs (87 %) ont indiqué qu’ils accepteraient certains inconvénients à court terme si cela permettait des passages plus fluides à l’avenir.
Cependant, le principal obstacle semble être le manque d’information. Plus de la moitié des voyageurs (55 %) connaissent peu ou pas du tout le système, et près d’un sur deux (49 %) ignore les exigences associées.
L’analyse recommande que les conseillers en voyages et les voyagistes accompagnent la transition en expliquant aux voyageurs le fonctionnement du système et ce à quoi ils doivent s’attendre.
Les trois recommandations du WTTC
- Accélérer l’adoption de l’application Travel to Europe afin de permettre le préenregistrement numérique des voyageurs;
- Mettre en place une campagne de communication coordonnée dans les principaux marchés émetteurs — notamment le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Australie et le Canada — avec des directives claires destinées aux compagnies aériennes, aux aéroports, aux agents de voyages, aux voyagistes et aux partenaires des destinations;
- Assurer une pleine préparation opérationnelle à tous les points de passage frontaliers, incluant des équipements fonctionnels, des effectifs suffisants et des mesures visant à accélérer le traitement, notamment pour les voyageurs ayant déjà fourni leurs données biométriques dans le cadre d’un visa.
Les 29 pays utilisant actuellement l’EES sont : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Islande, l’Italie, la Lettonie, le Liechtenstein, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède et la Suisse.





